À l’aube des années 1980, la province de Québec se présente comme un territoire vaste et consolidé, façonné par plus d’un siècle de transformations politiques, économiques et institutionnelles. Héritier des expansions territoriales de 1898 et de 1912, le Québec moderne s’étend désormais des rives du Saint‑Laurent jusqu’aux confins arctiques du Nunavik, intégrant des régions nordiques longtemps demeurées sous administration fédérale. Cette configuration géographique, l’une des plus étendues du Canada, constitue un élément central de son identité politique et économique.
L’extension de 1912, qui rattache au Québec le district d’Ungava, incluant la majeure partie de la péninsule du Labrador continental, a profondément redéfini la province. Toutefois, cette intégration demeure partielle et contestée. La frontière orientale entre le Québec et Terre‑Neuve, fixée en 1927 par une décision du Comité judiciaire du Conseil privé à Londres, continue d’alimenter les tensions. Le Québec n’a jamais reconnu pleinement ce tracé, qu’il considère comme imposé unilatéralement et contraire aux ententes antérieures. En 1980, cette frontière demeure l’un des enjeux territoriaux les plus sensibles du Canada, particulièrement en raison des ressources hydrauliques, minières et forestières qu’elle délimite.
Sur le plan interne, le Québec de 1980 est marqué par les transformations profondes de la Révolution tranquille. L’État provincial, désormais acteur central du développement économique et social, administre un territoire immense structuré autour de régions administratives, de réseaux hydrographiques majeurs et d’infrastructures modernes. L’exploitation des ressources nordiques (hydroélectricité, mines, forêts) devient un pilier de la politique économique, notamment avec les grands projets hydroélectriques de la Baie‑James, qui redéfinissent la relation entre le Sud urbanisé et le Nord autochtone.
Les populations autochtones (Cris, Inuits, Innus, Naskapis et Atikamekw) occupent une place essentielle dans cette géographie. La Convention de la Baie‑James et du Nord québécois (1975), première entente moderne de reconnaissance territoriale au Canada, inaugure un nouveau cadre juridique et politique. Elle reconnaît des droits ancestraux, établit des structures d’autonomie locale et redéfinit la gestion des terres nordiques. En 1980, cette convention demeure un modèle inédit, mais aussi un champ de négociations continues entre l’État québécois, le gouvernement fédéral et les communautés autochtones.
Sur le plan institutionnel, le Québec conserve son droit civil, son système scolaire francophone majoritaire et ses structures parlementaires. La province est dirigée par un premier ministre et une Assemblée nationale dont les débats reflètent les grandes questions identitaires et constitutionnelles de l’époque. L’année 1980 est marquée par le premier référendum sur la souveraineté‑association, moment décisif où la question nationale se superpose aux enjeux territoriaux, linguistiques et politiques.
Ainsi, en 1980, le Québec apparaît comme une province à la fois consolidée et contestée : consolidée par l’intégration de vastes territoires nordiques et par la montée d’un État moderne, contestée par la persistance du litige frontalier avec Terre‑Neuve et par les revendications autochtones qui redéfinissent la gouvernance du Nord. Cette configuration complexe façonne durablement son identité et ses aspirations au tournant du XXIᵉ siècle.